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Auriculothérapie : moduler la douleur, accompagner la régulation

  • 20 mai
  • 6 min de lecture

L’auriculothérapie est une pratique souvent associée à la douleur. C’est d’ailleurs l’un des domaines où elle a été le plus étudiée.

Mais son intérêt ne se limite pas à un effet antalgique. En consultation, elle peut aussi être utilisée dans une logique de régulation : tensions, stress, sommeil perturbé, état d’alerte ou accompagnement de certains sevrages.

L’objectif de cet article est de faire le point sur les données scientifiques disponibles, tout en montrant comment cette approche peut s’intégrer à une prise en charge associant acupuncture et ostéopathie.


1. Qu’est-ce que l’auriculothérapie ?


L’auriculothérapie consiste à stimuler certains points du pavillon de l’oreille.

Cette stimulation peut se faire de différentes manières : aiguilles, graines, billes, pression manuelle ou stimulation électrique.

Question fréquente : qu'en est-il du piercing ? En venant stimuler de façon prolongée une zone précise du pavillon, il peut activer la zone réflexe associée. Cette stimulation peut parfois participer à l’amélioration d’un symptôme, mais elle peut aussi, dans certains cas, entretenir ou déclencher une perturbation si la zone est déjà sensible ou sur-stimulée. Son effet dépend de plusieurs facteurs : l’emplacement exact du piercing, la profondeur de la stimulation, la pression exercée, la cicatrisation, la sensibilité individuelle et le contexte global de la personne. C’est pourquoi l’observation de l’oreille fait partie de l’évaluation en auriculothérapie : une rougeur, une douleur à la pression, une cicatrice ou un piercing peuvent donner des informations sur les zones déjà stimulées ou irritées.

Elle est utilisée dans plusieurs cadres. On la retrouve dans certaines approches de médecine conventionnelle, notamment autour de la douleur, des addictions ou de la régulation du stress. Elle est également présente dans les pratiques d’acupuncture et de médecine traditionnelle chinoise, où l’oreille peut être utilisée comme un microsystème reflétant certaines zones ou fonctions du corps.


La revue d’Asher et al. rappelle cette diversité des formes d’auriculothérapie : acupuncture auriculaire, acupression, stimulation électrique, laser ou stimulation transcutanée.


Selon les approches, le choix des points peut s’appuyer sur une cartographie auriculaire, sur la sensibilité de certaines zones, ou sur une lecture neurophysiologique liée à l’innervation du pavillon de l’oreille.


L’intérêt de cette approche est d’offrir une voie de stimulation précise, peu invasive et adaptable, qui peut être utilisée seule ou intégrée à une prise en charge plus globale.


2. Pourquoi l’auriculothérapie intéresse la recherche sur la douleur ?


La douleur est l’un des domaines les plus étudiés en auriculothérapie.


En 2010, Asher et al. ont publié une revue systématique et méta-analyse portant sur 17 essais randomisés. Les études incluses concernaient différents types de douleurs : douleurs périopératoires, douleurs aiguës et douleurs chroniques. Les auteurs rapportent un effet favorable de l’auriculothérapie sur la douleur, tout en soulignant la nécessité d’études plus larges et mieux construites pour préciser l’ampleur réelle de cet effet.


En 2017, Murakami et al. ont publié une revue systématique et méta-analyse portant sur l’effet immédiat de l’acupuncture auriculaire dans la douleur. Les auteurs concluent que l’acupuncture auriculaire pourrait être une modalité prometteuse pour réduire la douleur dans les 48 heures, avec des effets indésirables rapportés comme mineurs et transitoires. Ils rappellent toutefois que des recherches plus rigoureuses sont nécessaires pour établir un niveau de preuve plus solide.


Plus récemment, Choi et al. ont étudié l’effet de l’auriculothérapie sur les douleurs musculosquelettiques chez l’adulte. Leur méta-analyse publiée en 2022 rapporte une réduction significative de la douleur dans le groupe auriculothérapie par rapport aux groupes contrôles.


Ces données ne permettent pas de présenter l’auriculothérapie comme une solution systématique à la douleur. En revanche, elles soutiennent son intérêt potentiel comme outil de modulation, notamment dans certains tableaux douloureux musculosquelettiques.


3. Douleur et mouvement : l’intérêt d’une fenêtre thérapeutique


Dans certaines douleurs corporelles, le problème n’est pas seulement la douleur elle-même. Il peut aussi y avoir une appréhension du mouvement, une raideur réflexe, une difficulté à se relâcher ou une sensibilité accrue au toucher.


Dans ce contexte, l’auriculothérapie peut être intéressante non seulement pour réduire la douleur ressentie, mais aussi pour améliorer la tolérance au mouvement.


Une étude randomisée publiée par Marignan en 2014 s’est intéressée à un protocole d’auriculothérapie chez des patients lombalgiques. Le groupe traité a présenté une diminution rapide de la douleur, avec une baisse moyenne de 4,3 points sur l’échelle visuelle analogique, ainsi qu’une amélioration moyenne de 2 cm au test de Schöber, utilisé pour évaluer la flexibilité lombaire.


Ces résultats sont intéressants, mais doivent rester interprétés avec prudence : l’étude portait sur un faible effectif, uniquement masculin. Elle illustre néanmoins un point clinique important : lorsqu’une stimulation auriculaire diminue la douleur et améliore la tolérance au mouvement, elle peut faciliter la suite de la prise en charge.


Un protocole publié en 2024 dans PLOS ONE va également dans ce sens. Il prévoit d’évaluer l’effet immédiat de l’acupuncture auriculaire associée à l’exercice actif dans l’entorse lombaire aiguë, avec des mesures à 2, 5 et 10 minutes sur la douleur et la mobilité. À ce stade, il s’agit d’un protocole d’étude, et non encore de résultats cliniques.

C’est là qu’intervient la notion de fenêtre thérapeutique.


L’objectif n’est pas simplement de “faire disparaître” une douleur par un point auriculaire. L’intérêt peut être de diminuer suffisamment la réactivité douloureuse pour permettre au corps de mieux accepter le mouvement, le contact, ou la suite du soin.


4. Stress, sommeil, état d’alerte : une logique de régulation neurovégétative


L’auriculothérapie n’est pas utilisée uniquement dans le champ de la douleur.

En pratique, elle peut aussi être mobilisée dans des situations de stress, d’agitation interne, d’hypervigilance ou de sommeil perturbé. Il ne s’agit pas de prétendre qu’un point d’oreille “traite” à lui seul l’insomnie ou l’anxiété, mais de comprendre ces usages dans une logique de régulation.


Une revue de portée publiée en 2024 par Elliott et al. s’intéresse aux mécanismes de l’acupuncture auriculaire dans le traitement de la douleur. Les auteurs décrivent un champ de recherche en expansion et discutent notamment de mécanismes impliquant le système nerveux autonome.


Cette lecture est intéressante cliniquement : douleur, stress, sommeil et état d’alerte ne sont pas toujours séparés. Un patient douloureux peut aussi être tendu, fatigué, en hypervigilance ou en difficulté de récupération.


Dans ce contexte, l’auriculothérapie peut être utilisée comme une stimulation de régulation, en complément d’une prise en charge plus globale.


Elle ne se substitue pas à une évaluation clinique, ni à un traitement adapté lorsque celui-ci est nécessaire. Mais elle peut offrir une voie de stimulation douce et ciblée lorsque le système semble fonctionner sur un mode trop réactif.


5. Une intégration avec d’autres approches


L’auriculothérapie peut être utilisée seule, mais elle peut aussi compléter d’autres approches telles que l’acupuncture et l’ostéopathie.


Dans ce cadre, elle peut servir à préparer le terrain : diminuer une douleur trop présente, réduire une réactivité excessive, ou aider le corps à entrer dans un état plus favorable au soin.


Elle peut aussi être utilisée en soutien d’un objectif précis : accompagner une zone douloureuse, soutenir une régulation neurovégétative, ou prolonger une stimulation entre deux séances grâce à des graines ou des billes auriculaires.


Son intérêt est alors de créer une fenêtre thérapeutique : un moment où la douleur est moins dominante, où le mouvement est mieux toléré, et où l’intégration du soin peut être facilitée.


Comme toute technique thérapeutique, son effet dépend du choix des points, du type de stimulation, du moment où elle est utilisée et du contexte propre à chaque personne.


Conclusion


Les recherches scientifiques suggèrent que l’auriculothérapie peut contribuer à réduire la douleur, notamment dans certaines douleurs musculosquelettiques aiguës ou chroniques. Les résultats sont encourageants, mais doivent être interprétés avec prudence : les protocoles restent hétérogènes et les études ne permettent pas de conclure à un effet uniforme dans toutes les situations.


Son intérêt clinique ne se limite toutefois pas à la douleur. L’auriculothérapie est aussi utilisée dans d’autres contextes : stress, sommeil perturbé, état d’alerte, tensions internes, ou encore addictions, notamment à travers certains protocoles structurés comme le protocole NADA.


Sans entrer ici dans le détail de ces indications, cela montre que l’auriculothérapie peut être comprise comme un outil de régulation plus large.


Dans ma pratique, je l’intègre surtout comme un complément à d’autres approches, notamment l’acupuncture et l’ostéopathie. Elle peut aider à moduler la douleur, diminuer la réactivité corporelle, améliorer la tolérance au mouvement et faciliter l’intégration du soin.


Références


Asher G.N., Jonas D.E., Coeytaux R.R., Reilly A.C., Loh Y.L., Motsinger-Reif A.A., Winham S.J. (2010). Auriculotherapy for Pain Management: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. The Journal of Alternative and Complementary Medicine.


Murakami M., Fox L., Dijkers M.P. (2017). Ear Acupuncture for Immediate Pain Relief: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials.


Choi S.Y., Kim Y.J., Kim B. (2022). Effect of Auriculotherapy on Musculoskeletal Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Korean Academy of Nursing.


Marignan M. (2014). Auriculotherapy Treatment Protocol for Low-Back Pain: A Randomized Trial. Medical Acupuncture.


Elliott T., Merlano Gomez M., Morris D., Wilson C., Pilitsis J.G. (2024). A scoping review of mechanisms of auricular acupuncture for treatment of pain.


Tang X., Li Q., Huang G., Pei X., Chen Z., Huang Y., Zhao S., Guo T., Liu Z. (2024). Immediate efficacy of auricular acupuncture combined with active exercise in the treatment of acute lumbar sprains in 10 minutes: Protocol of a randomized controlled trial. PLOS ONE.



Pour en savoir plus sur l’intégration de l’auriculothérapie dans une séance associant acupuncture et ostéopathie, vous pouvez consulter la page Consultation.

 
 
 

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