Ventouses thérapeutiques : analyse de la littérature scientifique
- 1 mai
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Les ventouses font partie de ma pratique en cabinet, aussi bien dans une approche ostéopathique qu’en médecine traditionnelle chinoise, où elles peuvent être appliquées sur différentes zones du corps, en lien avec les tissus ou les méridiens.
Récemment, une patiente m’a demandé s’il existait des preuves scientifiques de leur efficacité. Ma première réponse a été d’évoquer leur utilisation ancienne, largement répandue.
Sa réaction, plutôt dubitative, m’a conduit à approfondir la question.
Je suis donc allé explorer la littérature scientifique (PubMed, ScienceDirect, EM Consulte) afin de faire le point sur les données actuelles.
👉 Voici ce qui en ressort.
1. Principe et diversité des techniques
La thérapie par ventouses repose sur l’application d’une pression négative locale, induisant une élévation des tissus cutanés et sous-cutanés.
Ce phénomène entraîne :
une mise en tension des tissus superficiels
une augmentation locale de la vascularisation
une stimulation mécanique de la peau
Plusieurs modalités d’application existent :
ventouses sèches (dry cupping)
ventouses humides (wet cupping)
ventouses fixes ou mobiles
👉 Cette diversité de techniques est importante à garder en tête, car elle explique en partie la variabilité des résultats observés dans les études (Cramer H et al., 2020).
Dans la pratique, les ventouses peuvent être appliquées à l’aide de chaleur (ventouses en verre chauffées) ou via un système mécanique (piston ou pompe).
La littérature scientifique ne distingue généralement pas ces modalités, considérant qu’elles produisent un effet mécanique comparable, lié à la mise en dépression des tissus.
En pratique, ces techniques peuvent néanmoins différer dans leur intensité, leur progressivité ou leur ressenti, sans que ces différences aient été clairement étudiées à ce jour.
2. Effets sur la douleur : des résultats globalement convergents
2.1 Une réduction de la douleur mise en évidence
Plusieurs revues systématiques et méta-analyses mettent en évidence un effet des ventouses sur la douleur.
La méta-analyse de Kim JI et al. (2018), publiée dans BMJ Open, incluant 18 essais randomisés, montre :
une réduction significative de la douleur
une amélioration de la fonction
👉 La diminution observée atteint environ −2,4 points sur les échelles de douleur, ce qui correspond à un effet cliniquement pertinent.
Ces résultats sont cohérents avec ceux rapportés par Cao H et al. (2012), dans PLoS One, qui retrouvent un effet positif dans différentes indications, notamment :
lombalgie
cervicalgie
douleurs chroniques
2.2 Un effet principalement observé à court terme
Les analyses récentes convergent vers un point important :
👉 l’effet des ventouses est surtout présent à court terme.
On observe généralement :
une amélioration sur quelques semaines
une atténuation de l’effet au-delà
👉 Cela oriente vers un rôle de modulation de la douleur, plutôt qu’un effet durable isolé.
2.3 Une efficacité comparable aux autres approches
Les ventouses apparaissent généralement supérieures à l’absence de traitement, et montrent une efficacité comparable à d’autres approches actives, comme l’acupuncture ou la thérapie manuelle (Cramer H et al., 2020).
👉 Autrement dit, elles s’inscrivent dans un ensemble de techniques ayant un effet clinique réel, sans être inférieures aux approches déjà largement utilisées en pratique.
3. Données issues des essais cliniques
Les essais contrôlés randomisés apportent des éléments complémentaires, plus proches des conditions cliniques.
Une étude de Lauche R et al. (2011) sur les cervicalgies chroniques montre :
une diminution significative de la douleur
une amélioration de la qualité de vie
De même, Michalsen A et al. (2009) observent un effet bénéfique dans la lombalgie chronique.
4. Mécanismes physiologiques : des hypothèses cohérentes
Les mécanismes d’action des ventouses ne sont pas entièrement élucidés, mais plusieurs pistes convergentes sont décrites.
4.1 Effets circulatoires
Des études expérimentales montrent une augmentation du flux sanguin local après application des ventouses (Kang JI et al., 2014).
👉 Cet effet est cohérent avec :
l’hyperémie locale observée
les modifications visibles de la peau après traitement
4.2 Modulation neurophysiologique
La stimulation mécanique de la peau active les afférences sensitives.
👉 Cela correspond aux mécanismes décrits par la théorie du Gate Control :
modulation du signal douloureux
inhibition partielle des afférences nociceptives
4.3 Effets mécaniques tissulaires
L’effet de succion induit une mise en tension des tissus, pouvant entraîner :
une décompression locale
une mobilisation des structures superficielles
Cette hypothèse est discutée notamment par Rozenfeld E & Kalichman (2016), dans Journal of Bodywork and Movement Therapies.
👉 Elle est cohérente avec les approches manuelles et myofasciales.
4.4 Hypothèses biochimiques
Certaines études suggèrent :
une modulation de médiateurs inflammatoires
des effets sur la réponse immunitaire
👉 Ces mécanismes restent encore exploratoires (Al-Bedah AMN et al., 2019).
5. Limites de la littérature
Les résultats doivent être interprétés avec nuance.
Les protocoles varient d’une étude à l’autre, et les ventouses sont souvent utilisées en association avec d’autres techniques, ce qui rend leur effet spécifique difficile à isoler.
La qualité des études reste par ailleurs modérée.
👉 Malgré cela, les données disponibles montrent une tendance globalement cohérente.
6. Lecture globale
L’ensemble des données disponibles met en évidence :
un effet sur la douleur, en particulier à court terme
des mécanismes plausibles et cohérents
une place pertinente dans une approche thérapeutique globale
👉 Ces éléments vont dans le sens d’un intérêt clinique réel, en cohérence avec ce qui est observé en pratique.
Conclusion
La littérature scientifique actuelle met en évidence un effet des ventouses sur la douleur, en particulier à court terme, notamment dans les troubles musculo-squelettiques.
Les mécanismes proposés — circulatoires, mécaniques et neurophysiologiques — sont cohérents avec les effets observés en pratique.
Si certaines limites méthodologiques existent, les données disponibles vont globalement dans le sens d’un intérêt clinique réel.
En cabinet, les ventouses s’intègrent naturellement dans une prise en charge globale, en complément d’autres approches.
La réaction initiale, dubitative, posait une question simple : “est-ce que ça fonctionne ?”
La littérature ne donne pas une réponse absolue — mais elle montre que les effets observés en pratique ne sont pas sans fondement.

Les ventouses font partie des techniques proposées en cabinet, en fonction de l’indication et du contexte de la consultation.
Le déroulement des séances est présenté sur la page “La consultation”.




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